On peut pédaler dans la semoule sans posséder de vélo, avoir le melon sans passer au marché et traîner des casseroles en arrivant les mains vides. À force de les employer, on oublie que les expressions françaises racontent parfois n’importe quoi. Avec beaucoup d’assurance.
Dans la collection Au pied de la lettre, LaZENco pousse cette absurdité jusqu’au bout : des personnages à l’allure de portraits anciens exécutent chaque expression avec un sérieux impeccable. Costume ajusté, pose digne, situation parfaitement ridicule. Personne ne semble avoir reçu le message indiquant qu’il s’agissait d’une image.
Voici huit expressions françaises illustrées, leur sens et des exemples pour sourire de nos petites habitudes. Les scènes sont des créations contemporaines : aucun ancêtre n’a dû poser dans la semoule pour les besoins de cette collection.
1. Pédaler dans la semoule : s’agiter sans avancer
Le sens. Pédaler dans la semoule, c’est peiner à progresser, se perdre dans une tâche ou dépenser beaucoup d’énergie pour peu de résultat. L’expression peut décrire un problème pratique aussi bien qu’un raisonnement qui s’embrouille.
Dans une phrase : « Après deux heures à monter l’étagère, j’ai trois vis en trop et une planche en moins : je pédale dans la semoule. »

Dans l’illustration, le cycliste a l’air déterminé. La semoule aussi. Il fournit un effort admirable pour rester exactement au même endroit : une performance que connaissent bien ceux qui ont passé leur matinée à chercher le fichier nommé « version-finale-vraiment-finale ».
Le sourire vient de ce décalage : tout, dans son attitude, annonce une grande course. Seule la distance parcourue refuse de participer. Voilà un champion auquel on peut s’identifier sans aucun entraînement.
Voir Pédaler dans la semoule — Champion du surplace.
2. Tomber dans les pommes : s’évanouir
Le sens. Tomber dans les pommes signifie perdre connaissance. Dans l’usage courant, l’expression ne décrit pas une simple maladresse ni une chute dans un verger.
Dans une phrase : « En découvrant le devis, j’ai failli tomber dans les pommes. Le montant, lui, était en pleine forme. » Ici, l’expression est employée avec une exagération humoristique.

La version illustrée a réglé la question du lieu de la chute : ce sera dans les fruits, comme annoncé. Le personnage en costume disparaît dans la récolte avec une précision linguistique remarquable et un sens pratique plus discutable.
C’est un portrait de famille qui aurait légèrement débordé sur le rayon primeur. L’image amuse parce qu’elle obéit aux mots avec une docilité absolue : vous avez dit « dans les pommes », les pommes sont là.
Voir Tomber dans les pommes — Récolte humaine.
3. Avoir la tête dans les nuages : être ailleurs par la pensée
Le sens. Une personne qui a la tête dans les nuages rêve, se laisse distraire ou prête peu d’attention à ce qui se passe autour d’elle. La formule peut être tendre ou légèrement critique selon le contexte.
Dans une phrase : « J’avais la tête dans les nuages : j’ai réchauffé mon café trois fois et oublié de le boire trois fois aussi. »

Cette dame est venue se faire photographier. Enfin, presque toute la dame : sa tête a préféré prendre un peu d’altitude. La tenue est irréprochable, la posture très convenable et la disponibilité mentale plutôt nuageuse.
Le décalage reste tendre. On reconnaît ces moments où le corps assiste à la conversation pendant que l’esprit choisit déjà la maison de vacances. Pour la photo, merci de patienter jusqu’à la prochaine éclaircie.
Voir Avoir la tête dans les nuages — Absente.
4. Couper les cheveux en quatre : compliquer par excès de précision
Le sens. Couper les cheveux en quatre, c’est multiplier les distinctions ou les objections sur des détails minuscules, au point de compliquer la discussion. L’expression reproche généralement un raffinement jugé inutile dans la situation.
Dans une phrase : « Nous cherchions une nappe blanche. Quarante minutes plus tard, il comparait le blanc cassé, l’écru et l’ivoire : il coupait les cheveux en quatre. »

Une loupe, de petits ciseaux et une concentration de chirurgien : notre homme a manifestement décidé de ne rien laisser au hasard. Surtout pas un cheveu. On imagine déjà le compte rendu : « Trois quarts terminés. Le dernier nécessite une réunion. »
Le gag tient dans cette disproportion entre les moyens engagés et l’utilité du résultat. Une image à offrir à un perfectionniste complice… qui vérifiera peut-être que les quatre morceaux sont égaux.
Voir Couper les cheveux en quatre — Précision maladive.
5. Prendre ses jambes à son cou : partir très vite
Le sens. Prendre ses jambes à son cou signifie s’enfuir ou se mettre à courir rapidement, souvent pour échapper à une situation. Ce n’est pas une indication de posture à suivre.
Dans une phrase : « Quand il a compris qu’on cherchait un volontaire pour ranger la salle, il a pris ses jambes à son cou. »

Le personnage a suivi la consigne à la lettre. Les jambes sont bien au niveau du cou. Pour la fuite, en revanche, il faudra probablement revoir l’organisation.
Ce moustachu regarde l’objectif avec une tranquillité déconcertante, comme si nous étions les seuls à trouver sa position peu commode. Toute la plaisanterie est là : une expression qui évoque un départ précipité devient un portrait où personne ne semble près de partir.
Voir Prendre ses jambes à son cou — Fuite contorsionniste.
6. Avoir le melon : se donner trop d’importance
Le sens. Avoir le melon, c’est avoir une opinion exagérément avantageuse de soi-même. On emploie cette expression familière pour parler de quelqu’un dont la réussite ou la confiance tourne à la prétention.
Dans une phrase : « Depuis qu’il a gagné le quiz du vendredi, il a le melon : il appelle ça “son palmarès”. »

La réussite lui est montée à la tête. On ignorait simplement qu’elle y ferait pousser quelque chose. Le melon reçoit ici tous les honneurs du portrait officiel : costume, maintien et importance manifeste. Il ne lui manque qu’un discours de remerciement à lui-même.
Le fruit et la dignité du personnage se disputent la vedette. C’est une façon délicieusement absurde de rappeler qu’on peut prendre de la place sans devenir plus intéressant. À réserver, pour un cadeau, à quelqu’un qui sait rire de ses petites victoires — et des nôtres.
Voir Avoir le melon — Portrait à maturité.
7. Noyer le poisson : embrouiller la discussion pour éviter le sujet
Le sens. Noyer le poisson consiste à détourner l’attention, à accumuler des explications ou à rendre une question confuse pour éviter d’y répondre clairement. Le propos essentiel finit par se perdre dans ce qui l’entoure.
Dans une phrase : « Je lui ai demandé s’il avait fait la vaisselle. Il m’a expliqué le fonctionnement du lave-vaisselle : belle tentative pour noyer le poisson. »

Devant son aquarium, l’homme s’applique à une mission dont le poisson semble avoir du mal à saisir la menace. On ne doute pas de sa motivation ; c’est la stratégie qui soulève quelques questions.
Son sérieux rend la scène encore plus drôle. Il pourrait probablement justifier sa méthode pendant vingt minutes, ce qui lui permettrait, au passage, de noyer le poisson une seconde fois. La collection prend l’expression au mot, puis lui laisse le soin de se débrouiller.
Voir Noyer le poisson — Mission parfaitement absurde.
8. Traîner des casseroles : être suivi par un passé embarrassant
Le sens. Traîner des casseroles, c’est rester associé à des erreurs, des affaires ou des épisodes gênants de son passé. Ils continuent à accompagner la personne, même lorsqu’elle préférerait passer à autre chose.
Dans une phrase : « Dans la famille, son gâteau d’anniversaire carbonisé reste la casserole qu’on lui ressort chaque année. » Cet emploi léger s’appuie sur une plaisanterie partagée ; l’expression peut aussi désigner des faits beaucoup plus sérieux.

Cette dame avance avec élégance. Derrière elle, son passé fait beaucoup moins d’efforts. Les casseroles suivent, tintent et rappellent à tout le monde qu’elles font toujours partie du voyage.
On voudrait tourner la page ; la batterie de cuisine exige un rappel. L’image donne une bande-son à ces souvenirs que nos proches ressortent au moment précis où l’on commençait à les oublier. Difficile de faire une sortie discrète avec un tel accompagnement.
Voir Traîner des casseroles — Le passé fait du bruit.
Pourquoi ces expressions se prêtent-elles aussi bien à l’image ?
Au sens figuré, les mots expriment une idée : rêver, fuir, s’embrouiller ou se croire très important. L’illustration reprend leurs éléments au sens littéral et les assemble comme si la phrase décrivait une scène réelle. Le cerveau reconnaît l’expression, puis constate les dégâts.
L’allure de photographie ancienne ajoute une seconde couche d’humour. Ces personnages posent avec la dignité de gens qui laisseront leur portrait à la postérité. Aucun ne paraît préoccupé par son melon, ses casseroles ou son problème de semoule. C’est ce sérieux imperturbable, au milieu de l’absurde, qui donne son ton à la collection.
Pas besoin de raconter une origine historique incertaine pour apprécier le jeu. On peut d’abord regarder l’image, deviner l’expression, puis comparer le sens courant avec ce que fait le personnage. C’est aussi une façon de redécouvrir des formules que l’on prononce sans y penser.
Offrir une expression illustrée : choisir le bon degré de complicité
Une expression peut évoquer une habitude, un souvenir ou une plaisanterie entre amis. Certaines sont plus faciles à offrir que d’autres : la rêverie d’Avoir la tête dans les nuages est souvent plus douce que le reproche contenu dans Avoir le melon. La personne doit pouvoir se reconnaître avec plaisir, pas se sentir jugée.
La collection Au pied de la lettre réunit ces scènes et d’autres expressions. Les fiches présentent leurs supports et dirigent vers la boutique Redbubble LaZENco. Pour un poster, regardez la lisibilité de la scène et de son titre au format choisi ; pour un objet du quotidien, vérifiez l’aperçu et les options du produit.
Le meilleur clin d’œil reste souvent l’expression que vous employez déjà ensemble. Elle a alors toute une histoire avant même d’être emballée. Et si vous hésitez entre huit motifs pendant trois semaines, nous avons justement un monsieur équipé d’une loupe et de petits ciseaux.